La série d’enquêtes « Résilience, convivialité et solidarités de proximité »

Qu’est-ce qui pousse certains habitants ou collectifs – en particulier depuis la pandémie – à prendre des initiatives pour favoriser l’entraide et le vivre ensemble, au sein d’un quartier ou d’un ensemble de logements ? Qui sont-ils/elles, quels savoir-faire sont mobilisés, avec quels effets sur le voisinage et sur le territoire ? Quels sont les critères de réussite de ces initiatives ? Quel rôle pour les acteurs publics ?

Fête de la Goutte d'or, Paris 18e arr. © Apur - Hanna Darabi

La série d'enquêtes

Ce sont quelques-unes des questions auxquelles tente de répondre une série d’enquêtes de terrain conçue comme un « commun », dans le cadre d’un partenariat entre la Ville de Paris, l’Institut Paris Région, la 27e Région et l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur).

La série d’enquêtes « Résilience, convivialité et solidarités de proximité » a été lancée afin d’explorer les liens et solidarités de proximité, partant du postulat que le lien social est un facteur clé de la résilience des territoires. Le premier volet de l’enquête a été réalisé par Camille Arnodin en 2021 sur des terrains parisiens et se concentre sur des initiatives portées par des collectifs d’habitants et plaçant la convivialité comme un axe central.

Les initiatives étudiées comprenaient la République des Hypervoisins (14e arrondissement), Quartier de Soleil (17e, en quartier de la politique de la ville), l’association Saint Yves Nouvelle, créée pendant le confinement (14e), auxquelles s’ajoute une exploration « flash » de l’amicale de locataires « Chez nous » (17e).

Les principaux enseignements du premier volet de l’enquête

Il ressort d’abord de l’analyse de terrain les apports de l’engagement dans ces collectifs, qui créent les conditions pour favoriser l’entraide et la lutte contre l’isolement au niveau local. D’une part, des liens de convivialité et de solidarité se tissent entre habitants d’un quartier ou d’une résidence. D’autre part, des connexions, même ténues, se forment avec les institutions.

Plusieurs éléments clés nécessaires au déploiement de ces démarches ont été identifiés :

Des acteurs clés

  • Le rôle fondamental d’habitants moteurs et inspirants, à l’initiative des projets. Ils mettent au service des projets leurs qualités humaines et éthiques, leur capital social ou culturel, ainsi que leurs ressources personnelles.
  • Des acteurs facilitateurs en appui, dont le soutien est différent selon le degré d’autonomie des collectifs : les élus, les équipes de la Ville, les bailleurs sociaux, les gardiens d’immeuble, etc.

Des moments et des actes créateurs de liens et de sens

  • Des occasions de rencontres régulières sont nécessaires à ces initiatives. Tout type d’événement peut être prétexte à la rencontre et la convivialité : un anniversaire, un moment festif, un repas partagé.
  • La praxis : les liens se tissent dans le « faire ensemble », dans la pratique en commun, que ce soit pour jardiner, cuisiner, ou encore bricoler…
  • Le sens : ces collectifs permettent de faire partie d’un récit commun, sur la base de symboles, de projets, de moments festifs et de rituels, où la gratuité et le partage sont centraux.

Les aspects pratiques

  • La logistique est cruciale : pour mener à bien un projet, il y a besoin d’outils, de matériel, de financements.
  • La disponibilité de lieux et d’espaces où tisser les liens est aussi un facteur clé de pérennisation de ces initiatives : ils sont nécessaires pour se réunir, faire ensemble, ainsi que pour stocker le matériel. L’espace numérique est aussi souvent investi.
  • Le modèle associatif : souvent choisi, il est parfois mis au centre (caractère démocratique), parfois mis de côté (source de lourdeur et de conflits). La forme associative permet l’organisation d’événements mais présente des limites (inégalités de compétences, adhésions payantes, obligation de monter un bureau et difficultés à recruter).

Quels leviers pour soutenir ces initiatives de proximité ?

Les pouvoirs publics doivent-ils agir pour soutenir ces initiatives, et si oui, de quelle façon ? Les résultats de l’étude montrent que la gamme des registres d’action possible est graduelle, et va de la valorisation jusqu’à des formes plus sophistiquées de médiation, de transmission, et dans certains cas de laisser-faire…

  1. Valoriser les initiatives existantes (donner une plus grande visibilité) et faire coopérer (encourager l’organisation de rencontres pour promouvoir le partage de savoirs et d’expériences)
  2. Faciliter et accompagner (lever les obstacles administratifs et juridiques, mettre à disposition des équipements et espaces appropriés, prendre en charge l’ingénierie sociale), intervenir plus en amont (détecter les habitants motivés et proposer un accompagnement)
  3. Transmettre (aider les porteurs de projet et agents municipaux à monter en compétence et s’autonomiser), responsabiliser (nécessité d’une gouvernance démocratique)
  4. Articuler « laisser-faire » et « faire médiation » : d’un côté, renoncer à jouer un rôle direct lorsque ce n’est pas nécessaire, de l’autre, apprendre à anticiper et traiter les situations conflictuelles lorsque cela s’avère utile.
  5. « Composter » : passer d’une logique de soutien à une logique de capacitation des habitants, considérer le voisinage comme un « commun » dont il faut prendre soin collectivement, co-construire avec les agents des collectivités et les acteurs de l’écosystème (bailleurs, centres sociaux, commerçants, gardiens d’immeubles, etc.). Il s’agit moins de penser la création de nouveaux dispositifs, qui sont déjà nombreux, et pas toujours bien compris et/ou appropriés par les habitants que d’encourager un cadre plus propice à l’épanouissement des initiatives des habitants.

Des suites en 2022

En 2022, l’Apur contribuera, dans le cadre de son programme de travail, à enrichir cette exploration par la réalisation d’une nouvelle enquête sur les solidarités de proximité, avec les partenaires de l’étude. En lien étroit avec des collectivités, dont le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et la Ville de Paris notamment, cette deuxième série d’enquête vise à explorer les liens créés dans le cadre de projets plus institutionnels soutenus par les territoires. Il s’agit de s’intéresser à des initiatives n’ayant pas spécifiquement pour ambition affichée de créer du lien social, tels que des projets autour de l’alimentation, de la culture ou encore de la santé, en faisant l’hypothèse qu’ils peuvent être de puissants leviers d’interconnaissance et de solidarités. L’étude cherchera à en identifier les ressorts, les effets et les leviers potentiels, dans la continuité du premier volet. Ce travail fera l’objet d’une publication en fin d’année 2022.

Le premier volet de l’enquête raconté par la 27e Région